Huis Marseille expose pour la première fois un fonds inédit de photographies de Venise d’Adolphe de Meyer.
Du 24 octobre 2026 au 7 février 2027, Huis Marseille présente « Adolphe de Meyer. The Substance of a Venetian Dream » (« Adolphe de Meyer. La Substance d’un rêve vénitien »), la première exposition en Europe consacrée par un musée au photographe Adolphe de Meyer (1868–1946). À l’origine de ce projet, la découverte remarquable faite en 2019 à la Bibliothèque municipale de Tours d’un corpus cohérent et significatif de soixante-quinze photographies qui documentent la vie et l’œuvre de l’artiste à Venise. Montré pour la première fois dans son intégralité, il emmène les visiteurs à la découverte de son univers intime et poétique.
Pionnier de la photographie de mode
Né à Paris en 1868, Adolphe de Meyer a mené une carrière artistique entre l’Europe et les États-Unis, et révèle avec ses photographies une conception novatrice de son métier. Aujourd’hui, les historiens le connaissent principalement comme photographe pictorialiste (mouvement qui fit reconnaître la photographie comme un art), portraitiste virtuose et, par-dessus tout, photographe de mode. Il fut l’un des premiers à élever la photographie de mode au rang d’art avec ses travaux pour Vogue, Vanity Fair et Harper’s Bazaar. On sait moins qu’il fut également décorateur, designer, collectionneur d’art, journaliste et écrivain. Il a fait de toute sa vie une œuvre d’art, dans laquelle la photographie, les vêtements, les intérieurs et les mises en scène étaient les expressions d’une seule et même vision artistique, celle d’un homme qui se réinventait en permanence.
Infatigable globe-trotter
Ses voyages à travers le monde, qu’il effectuait le plus souvent en compagnie de son épouse et partenaire créative, Olga, demeurent une source d’inspiration constante qui imprègne son travail. Le Japon a été l’une de ses premières passions, puis la Chine, l’Inde et l’Amérique du Sud. De Meyer a fait du monde son terrain de travail et sut transposer ses prises de vue délicates et millimétrées en studio à l’extérieur de son atelier. Malgré le succès rencontré de son vivant et l’influence qu’il a exercée, il tombe pratiquement dans l’oubli à sa mort en 1946 à Los Angeles.
Rêve vénitien
Venise occupait une place de choix parmi les villes qui nourrissaient son imaginaire. Entre 1904 et 1908/09, Adolphe et Olga louèrent le Palazzo Balbi Valier, un somptueux palais du XVIIe siècle entouré de jardins, rendu à la vie par De Meyer qui l’avait trouvé dans un état de délabrement et d’abandon. Il en a fait une curiosité incontournable que les guides et les gondoliers se plaisaient à faire visiter aux touristes. Sous son impulsion, le palais est devenu un bouillonnant centre culturel qui a accueilli des invités aussi prestigieux que les photographes Gertrude Käsebier et Frances Benjamin Johnston, ou la collectionneuse d’art Isabella Gardner, tandis que De Meyer y invitait également à titre personnel Auguste Rodin à y séjourner et à y créer. Balbi Valier était avant tout une extension de son studio, où il expérimentait la lumière, la mise en scène et les débuts de la photographie couleur et développait une esthétique qui allait fortement influencer son œuvre et sa vision de la mode.
À travers huit thèmes, l’exposition retrace le parcours exceptionnel de sa vie, son réseau artistique et les nombreuses facettes de son œuvre, de la photographie de mode et de la décoration d’intérieur à la collection d’art, révélant son lien profond avec Olga. Elle livre un regard intime et éclairant sur un pionnier de la photographie de mode et sur la ville qui n’a cessé d’alimenter son imagination tout au long de sa vie.
Le titre de l’exposition est emprunté à un article publié par De Meyer en 1916 dans Vogue, intitulé « The Substance of a Venetian Dream », dans lequel il évoque les années qu’il a passées dans la Cité des doges. Ce numéro de Vogue, récemment acquis par Huis Marseille, est également présenté dans l’exposition.
Olga : compagne et mythe
Aucune femme n’a joué un rôle plus important dans la vie et l’œuvre de De Meyer que son épouse Olga, née Donna Maria Beatrice Olga Alberta Caracciolo en 1871. Elle fut l’une des femmes les plus charismatiques et les plus originales de sa génération, inspirant des artistes tels que John Singer Sargent, James McNeill Whistler et l’écrivain Henry James. Leur mariage non conventionnel, qui allait durer plus de trois décennies, suscitait la fascination et l’émerveillement parmi leurs contemporains. Tous deux étant homosexuels, leur union était ce que leurs contemporains appelaient un « mariage de convenance » : un mariage qui leur apportait une légitimité sociale et une protection à une époque où l’homosexualité représentait un tabou social. Olga posa à maintes reprises devant l’objectif de De Meyer, porta ses créations et organisa avec lui les événements sociaux et culturels qui établirent leur réputation à tous les deux. D’une créativité sans bornes, toujours désireux de se réinventer, ils se construisirent ensemble une identité commune et forgèrent un mythe. De Meyer ne s’est jamais complètement remis du décès d’Olga en 1931 : bien qu’il se soit par la suite séparé d’une grande partie de son œuvre, il continua à chérir ses portraits et elle ne cessa jamais de l’inspirer. Olga occupait une place centrale dans les écrits de De Meyer et fut notamment le personnage principal de son autofiction resté non publiée Of Passion and Tenderness.
Une découverte remarquable
En dressant l’inventaire de la succession de Paul Caron (1918–1988), un collectionneur local, Anaïs Arlot, de la Bibliothèque municipale de Tours, a mis au jour en 2019 une collection de soixante-quinze photographies susceptibles d’être attribuées à Adolphe de Meyer. Camille Mona Paysant, qui venait de publier peu de temps auparavant un ouvrage sur les photographies de voyage de l’artiste, fut alors sollicitée afin d’en établir l’attribution et de réaliser une étude du corpus d’œuvres.
Publication
L’exposition s’accompagne de la parution du catalogue Adolphe de Meyer. The Substance of a Venetian Dream, avec une contribution de Camille Mona Paysant, également commissaire de l’exposition organisée à Huis Marseille. Une édition bilingue (anglais/français) dont la conception graphique a été confiée à Ernst Georg Kuehle (Kuehle und Moser).
Camille Mona Paysant est une historienne de l’art spécialisée en photographie, autrice et commissaire d’exposition. Elle mène depuis quinze ans des recherches sur la vie et l’œuvre d’Adolphe de Meyer et a publié plusieurs ouvrages consacrés à sa photographie.